L’ayatollah Khamenei est né en 1939 à Mashhad, au nord-est de l’Iran, une ville qui abrite la tombe de l’imam Reza, le huitième imam chiite. Issu d’une famille religieuse de clercs, il est le fils d’un père d’origine azérie, appartenant à la minorité turcophone iranienne. Son père, Seyed Javad Khamenei, est né à Najaf, ville sainte d’Irak, tandis que sa mère, Khadijeh Mirdamadi, est également issue d’un milieu religieux.
Deuxième d’une fratrie de huit enfants, il compte parmi ses frères deux autres clercs. Ses origines familiales lui confèrent une légitimité religieuse importante : ses ancêtres, notamment Seyed Hossein Tafrechi, seraient, selon certaines sources, liés à la lignée du quatrième imam chiite, Ali Zeyn al-Abedin. Cette filiation se traduit notamment par le port du turban noir, symbole d’appartenance à la descendance du Prophète.
La famille Khamenei cumule ainsi plusieurs sources de légitimité : ses racines dans les villes saintes chiites comme Najaf et Qom, son appartenance à une lignée d’oulémas, et la continuité de la tradition religieuse assurée par plusieurs membres de la famille.

Formation religieuse et influences idéologiques
Khamenei commence ses études religieuses à Mashhad sous la direction de deux ayatollahs reconnus, Sheikh Hachem Qazvini et l’ayatollah Milani. En 1957, il se rend à Najaf, mais y séjourne peu de temps, son père souhaitant son retour en Iran. Il s’installe ensuite à Qom, où il suit les enseignements du grand ayatollah Boroudjerdi ainsi que ceux de l’ayatollah Khomeini.
Très tôt, il se distingue par sa politisation. Une rencontre décisive marque sa jeunesse : celle de Seyed Mojtaba Navvab Safavi, dirigeant des Fedayin de l’islam, qui prônait l’instauration d’un gouvernement islamique en Iran. Khamenei sera également influencé par la pensée de Sayyid Qutb, dont il traduira certaines œuvres en persan.
Engagement politique et ascension
Khamenei rencontre pour la première fois l’ayatollah Khomeini en 1957. L’influence de ce dernier sera déterminante dans son parcours. Dans les années suivantes, il s’engage activement contre le régime du Shah. Arrêté à six reprises, il subit des peines de prison et d’exil.
En 1977, il est condamné à trois ans de bannissement dans la ville d’Iranchahr. L’année suivante, la Révolution iranienne lui permet de revenir à Téhéran. Il entame alors une ascension rapide : membre du Conseil de la Révolution, imam du vendredi à Téhéran sur nomination de Khomeini, puis adjoint au ministre de la Défense.
En 1981, alors qu’il prononce un sermon dans la mosquée Abouzar à Téhéran, il est gravement blessé dans un attentat à la bombe, qui endommage notamment son bras droit. L’attaque est attribuée au groupe Forqan, ainsi qu’aux Moudjahidines du peuple.
Élu député de Téhéran, il devient ensuite président de la République, fonction qu’il occupe à deux reprises.
Accession au pouvoir suprême
À la mort de l’ayatollah Khomeini en 1989, Khamenei est élu Guide suprême par le Conseil des experts. À l’époque, il ne dispose pas du statut de marja (autorité religieuse suprême habilitée à émettre des fatwas). Ce n’est qu’en 1994 que des enseignants de Qom lui reconnaissent ce titre, de manière atypique, sans publication préalable d’un traité doctrinal classique.
Il appartient à une génération de clercs radicalisés dans les années 1960, en réaction à la modernisation laïque du Shah, perçue comme une désislamisation progressive de la société.
Contexte idéologique et révolutionnaire
La radicalisation du clergé chiite s’inscrit dans un contexte marqué par l’anti-occidentalisme, l’opposition à Israël et le rejet de la sécularisation. Des penseurs comme Jalal Al-e Ahmad, auteur de « L’Occidentalité », et Ali Shariati ont contribué à nourrir une vision révolutionnaire de l’islam.
Cette convergence entre islamisme et certains courants marxistes tiers-mondistes a façonné l’environnement intellectuel de Khamenei, malgré leurs divergences fondamentales.
La doctrine du « velayat-e faqih » (gouvernement du juriste-théologien), développée par Khomeini, devient le fondement du système politique iranien. Elle repose sur l’idée qu’un clerc doit exercer le pouvoir politique pour garantir l’application des principes islamiques.
Consolidation du pouvoir
Depuis 1989, Khamenei a consolidé son autorité en s’appuyant sur plusieurs leviers :
- Les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) : devenus une force militaire et économique majeure.
- Les milices Bassidj : mobilisées pour contrôler les mouvements sociaux.
- Les fondations religieuses (bonyads) : puissants instruments économiques échappant au contrôle de l’État.
- Le système judiciaire : utilisé comme outil de contrôle politique.
Ces structures contribuent à marginaliser les institutions élues, notamment la présidence et le Parlement.
Gestion des crises et de l’opposition
Khamenei a fait face à plusieurs crises majeures :
- Le mouvement étudiant de 1999
- La présidence réformatrice de Mohammad Khatami
- Le Mouvement vert de 2009
- Les protestations sociales de 2017
À chaque fois, la réponse du pouvoir a combiné répression et contrôle institutionnel, permettant de maintenir la stabilité du régime.
Les réformistes sont perçus comme la principale menace interne, car ils cherchent à limiter le pouvoir du Guide suprême au profit de la souveraineté populaire.
Vision politique et idéologique
La vision de Khamenei est marquée par :
- un anti-américanisme affirmé
- un rejet de l’influence occidentale
- un soutien aux mouvements anti-israéliens
- une conception conservatrice du rôle de la femme
- une méfiance envers la démocratie libérale
Sur le plan régional, il a renforcé l’influence de l’Iran en soutenant des alliés en Syrie, au Liban, en Irak et dans les territoires palestiniens.
Nature du régime et continuité historique
Le système politique iranien présente une continuité avec les régimes autoritaires précédents, notamment sous Reza Shah et Mohammad Reza Shah. La Révolution de 1979 n’a pas mis fin à l’autoritarisme, mais l’a transformé en une théocratie.
L’économie pétrolière, en fournissant des ressources indépendantes de la société, contribue également à renforcer la centralisation du pouvoir.
L’ayatollah Khamenei s’est imposé comme une figure centrale du pouvoir iranien grâce à une grande habileté politique et à une maîtrise des institutions clés. Malgré les contestations internes et les difficultés économiques, son autorité demeure solide, en l’absence d’une opposition structurée et crédible.
Son règne illustre la consolidation d’un système théocratique où le pouvoir religieux prime sur les institutions démocratiques, dans un contexte de tensions internes et de pressions internationales.
Par Kibili Demba Sèke-Si, stagiaire