Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a déjà été livré aux autorités burkinabè.

Les informations émanant des services de renseignement togolais sont loin d’être rassurantes. Depuis une semaine, l’ancien chef de l’État issu du MPSR I au Burkina Faso aurait été « enlevé » de sa résidence de Lomé II, puis conduit vers une destination inconnue par les services de sécurité.

Ses téléphones, ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants, auraient été confisqués. Depuis lors, aucun de ses proches — pas même les membres de sa famille qui partageaient son exil — n’a pu établir le moindre contact avec lui. Certains de ses collaborateurs directs auraient également été interpellés par les autorités togolaises.

Cette situation fait suite à l’annonce d’une tentative de coup d’État par le régime de Ouagadougou. Depuis lors, Lomé subirait une pression constante de la part des autorités burkinabè, qui pressent Faure Gnassingbé de remettre Damiba, l’accusant d’être le cerveau d’une entreprise de déstabilisation à laquelle peu de personnes croient, tant au Burkina Faso qu’à l’étranger. Des « preuves », notamment des enregistrements audio et vidéo qui auraient été obtenus sous la torture, auraient été transmises aux autorités togolaises afin d’étayer ces accusations.

Parallèlement, une demande d’extradition formelle aurait été acheminée par voie diplomatique.

C’est dans ce contexte que le lieutenant-colonel Damiba aurait été entendu, vendredi dernier, par la justice togolaise lors d’une audience spéciale, sans l’assistance d’un avocat. Avant cette étape officielle, il aurait subi plusieurs jours d’interrogatoires musclés menés par les services de sécurité, sur instruction de la présidence togolaise.

À l’issue de cette audience, la décision d’extrader l’ancien chef de l’État aurait été prise, officiellement en vertu de l’accord de coopération judiciaire liant les deux pays.

Les services togolais auraient ensuite restitué les téléphones à l’épouse et aux enfants de Damiba. Pour ajouter à la détresse de la famille, des émissaires auraient froidement déclaré à l’épouse :
« Votre mari a été remis aux autorités de votre pays. »

S’agit-il d’une réalité ou d’une manœuvre politique ?

À ce stade, il est fort possible que Faure Gnassingbé ait déjà procédé à une extradition discrète ou que le processus soit en cours de finalisation, malgré les tentatives de la diplomatie régionale visant à l’en dissuader.

Le risque encouru par Damiba est majeur : sera-t-il torturé ? Le pays des Hommes intègres a, par ailleurs, récemment rétabli la peine de mort.

Une telle extradition d’un ancien chef d’État constituerait un fait rarissime sur le continent africain, le précédent le plus notable étant celui de Charles Taylor, extradé du Nigeria vers le Libéria.

Il convient enfin de rappeler que les relations entre Faure Gnassingbé et Paul-Henri Sandaogo Damiba étaient exécrables depuis l’arrivée de ce dernier à Lomé, en octobre 2022. La télévision togolaise aurait confirmé cette extradition vers le Burkina Faso.

Par Kibili Demba Kouyaté Sèke-Si, Stagiaire.

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