Crise de gouvernance et échec sportif au Mali. La Fédération Malienne de Football (FEMAFOOT) traverse l’une des crises les plus graves de son histoire. Une dizaine de membres du Bureau Exécutif ont officiellement démissionné, conformément à l’article 38.10 des Statuts de la Fédération Malienne de Football.
Cette vague de démissions intervient à la suite de l’élimination des Aigles du Mali par les Lions du Sénégal (0-1), en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, le vendredi 9 janvier 2026. Aussi douloureuse soit-elle, cette élimination ne saurait être analysée comme un simple accident de parcours. Elle s’inscrit dans une longue série de contre-performances et d’absences de résultats significatifs sur les scènes continentale et internationale.
Depuis plusieurs années, le football malien stagne, recule et peine à franchir un palier, malgré un potentiel humain indéniable. Ces échecs répétés sont le reflet d’un mal plus profond : une gouvernance défaillante, minée par des pratiques contraires aux textes, à l’éthique et à l’intérêt général. Les statuts sont ouvertement bafoués au profit d’un système verrouillé, marqué par une corruption devenue structurelle et par la confiscation du pouvoir décisionnel.
La gestion des commissions électorales en est une parfaite illustration. Le quorum lors des Assemblées générales est systématiquement contrôlé et entretenu par l’Exécutif en place. Par ailleurs, la faîtière du football malien est dirigée par un président de fait, inactif depuis plus de deux ans et demi. Aucune fédération sportive sérieuse au monde ne peut être durablement dirigée dans de telles conditions. Aucune grande nation de football n’accepterait qu’une fédération nationale fonctionne avec un président placé sous incarcération, sans visibilité, sans leadership et sans capacité réelle d’impulsion stratégique.
Cette situation anormale fragilise l’institution, discrédite le football malien et pénalise directement les performances sportives.
Face à cette crise, l’État doit impérativement œuvrer à la normalisation de la faîtière du football malien, en repartant sur des bases saines, avec des dirigeants vertueux, crédibles et véritablement soucieux du développement du football national. Le Mali regorge de compétences, de cadres et de dirigeants capables de bâtir une véritable stratégie de développement du football, sans calcul personnel et sans autre ambition que l’intérêt supérieur du sport.
Le football malien a besoin de dirigeants capables de planifier, structurer, former, investir dans la jeunesse, moderniser les compétitions et restaurer la confiance. Tant que le Comité Exécutif de la FEMAFOOT ne changera pas de mode de gestion, aucun résultat escompté ne pourra être atteint, ni au niveau continental ni sur la scène internationale. Il suffit de comprendre que la crise actuelle dépasse largement le cadre administratif et impacte directement l’avenir du football malien.
L’inaction prolongée de l’État ne ferait qu’aggraver une situation déjà critique et compromettre toute ambition sportive. Face à ce malaise administratif profond, cumulé à des contre-performances sportives avérées, plusieurs responsables ont choisi de jeter l’éponge. Il s’agit de :
- Général Bréhima Diabaté – Commission Centrale en charge des Ligues, Président de la Commission ad hoc de la Ligue professionnelle
- Colonel Séga Sissoko – Commission Centrale d’Organisation
- Commissaire de Police Amadou Oubanga Cissé – Commission Centrale Sécurité
- Sékou Massiré Sylla – Commission Centrale des Jeunes
- Ichaka Diakité – Commission Centrale Sponsoring, Marketing et Télévision
- Dramane Danté – Commission Centrale des Arbitres
- Mme Djilla Aïssata Diallo – Commission Technique et Développement
- Abdoulaye Konaté – Commission Centrale des Médias
- Lassana Kouma – Commission Centrale Futsal et Beach Soccer
- Mohamed Séga Sissoko – Commission Centrale des Finances
Malgré cette vague de démissions au sein de la Fédération Malienne de Football, selon une source proche du dossier, le camp de Mamoutou Touré, dit « Bavieux », président de la FEMAFOOT, n’envisageait pas initialement de capituler. Il comptait s’appuyer sur l’article 38.9 des Statuts 2025 afin de procéder au remplacement des membres démissionnaires et de conduire le mandat à son terme.
Cependant, face à la pression populaire et institutionnelle, la direction a fini par céder. Le président Mamoutou Touré, dit Bavieux, a lui-même remis sa démission à son Secrétaire général, lequel a informé la FIFA de cette démission collective de la Fédération Malienne de Football.
Désormais, tous les regards sont tournés vers la mise en place éventuelle d’un Comité de normalisation, chargé de gérer la transition et d’organiser de nouvelles élections.
Par Kibili Demba Kouyaté Sèke-Si, stagiaire